Essais

Orange is the New Black – Piper Kerman

La rencontre : J’ai voulu devenir libraire, et je le suis devenue. Et maintenant, c’est terminé. Tout cela me rend un peu amère par moments et pourtant, je ne me sens pas capable de revenir dans le monde du livre demain. Même comme lectrice, c’est difficile. J’aime lire, j’aime ce que ça m’apporte mais je n’y arrive plus, comme si le fil qui me tenait à ce monde imaginaire était sur le point de se briser, ou peut-être est-ce déjà trop tard ? Alors je pioche les mots par ci et par là. Mangeant à l’extérieur pour mon nouvel emploi, j’ai décidé d’emporter un livre de poche pour me tenir compagnie. J’avais acheté, il y a longtemps, le livre « Orange is the new black ».

L’histoire :

Piper Kerman est une jeune femme comme tant d’autres : elle a un emploi, un compagnon, une famille aimante. Elle est très loin de la jeune casse-cou qui avait livré une valise d’argent pour un trafiquant de drogues dix ans plus tôt. Mais le passé l’a rattrapée. Condamnée à quinze mois d’incarcération dans une prison pour femmes du Connecticut, la jeune cadre dynamique de bonne famille devient le matricule 11187-424.
Le choc est brutal. De sa première fouille corporelle à sa libération, Piper Kerman apprend à naviguer dans cet étrange univers aux codes absurdes et aux lois arbitraires. Elle rencontre des femmes issues de tous les milieux, qui la surprennent par leur générosité, leur humour et leur ouverture d’esprit. Déchirant, drôle et parfois rageant, le récit de Piper Kerman nous offre un témoignage rare et précieux sur le quotidien des détenues américaines.
Car c’est en grande partie pour elles que Piper a écrit ce livre : pour témoigner au nom de toutes celles qui n’ont pas la possibilité de s’exprimer.

Mon avis : D’abord, et comme je le dis souvent quand il y a un film ou une série qui porte le même nom, le livre est une oeuvre à part. Outre le fait que le livre soit un essai / témoignage et la série une fiction inspirée de, nous sommes sur deux formats différents. Pas le même support, pas le même format (un livre fini VS une série qui continue jusqu’à baisse des audiences ou autre), pas la même vision (une auteure VS un·e· réal, un·e· scénariste, etc.)

Forcément, ayant visionné la série, je connaissais grossièrement le parcours de Piper mais dès le début, à mon sens, on perçoit l’humilité de l’autrice et surtout le regard mature qu’elle porte sur son propre parcours. Elle est arrêtée pour avoir participé à un trafic de drogue et son essai ne manque pas d’expliquer aussi comment elle s’est laissé entraîner dans ce trafic. Sa vie (sa sexualité, ses voyages, sa familles, ses aspirations) quand elle était jeune, comme elle a tourné la page sur ces événements et comment ils lui sont revenus en plein visage. Ce qui est assez ironique, c’est que son implication dans ce trafic intervient looongtemps après les faits. Est-ce que ça vous est déjà arrivé de ne pas faire la vaisselle le soir et de vous dire le lendemain, que votre « vous du jour » en veut à votre « vous d’hier » de ne pas l’avoir faite ? C’est un peu ça, et c’est donc une Piper rangée qui doit accomplir sa peine (Il s’est passé du temps entre les faits et le moment où la Justice la rattrape et encore du temps entre le moment où elle reçoit la visite de la Police et celui où elle va réellement en prison).

J’ai lu plusieurs commentaires sur la partie où elle se demande combien de générations de Iphone elle va rater, ça apparaît dans la série mais aussi dans le livre. Ce sont des « white tears », et pour ceux qui voudraient poser la question : Non, le racisme anti-blanc n’existe pas, et oui, il existe des blancs pauvres. Ces portes ouvertes maintenant enfoncées, on voit bien -Et Piper en est consciente- comment la position de Piper l’a quand même aidée pour la durée de sa peine. Si je ne connaissais pas l’histoire, j’aurais même cru au début qu’elle n’irait pas en prison. Le livre permet cette prise de recul aussi. Aujourd’hui, il y a quand même une volonté qui émerge de dire que le racisme n’est pas un fantasme, qu’il doit cesser, il y a une volonté de libérer la parole des femmes, des racisé·e·s, des LGBT+, etc. Et cet essai, éloigné de la comédie qu’on connaît, permet aussi d’ouvrir la discussion sur les conditions de vie et le traitement de toutes ces personnes invisibilisées en général…

 

Bref, ceci étant dit, quand elle est arrêtée, le récit s’axe principalement sur le désir de Piper de « survivre » en prison. Son séjour permet de comprendre le fonctionnement de cette prison pour femmes à deux niveaux : les détenues et l’administration.

J’ai été touchée par l’humanité qu’elle a rencontré au sein de l’établissement pénitentiaire. Même si, forcément, il y a des détenues dangereuses, on comprend vite que la plupart sont quand même des laissées pour compte de la société. Elles ont un parcours chaotique et à travers les yeux de Piper, certaines endossent même le statut de victimes. En l’occurrence, ici, victimes de la drogue. Drogue dont Piper a permis la circulation, la vente, la diffusion, la consommation… Beaucoup sont bienveillantes envers Piper qui s’intègre plutôt dans la partie Ghetto de la prison (on apprend que les femmes se divisent naturellement selon leur ethnie, c’est décrit comme « pas raciste mais trivial »).

Au fil de l’essai, on assiste aussi à une critique subtile mais sévère du système carcéral. Parce qu’on a l’impression que rien n’est mis en oeuvre pour la réinsertion de ces femmes qui pourraient avoir une vie « normale » après la prison mais cette dernière brise, casse, écarte du vrai monde et ne prépare pas à le « vrai monde ». Les cours sont des blagues, des simulacres et la prison est une machine à fric qui essorent les détenues et engraissent ses actionnaires, c’est une société. Certains acteurs du système essaient, mais on sent bien qu’il y a un malaise.

Ce que j’ai vraiment apprécié dans cet essai, c’est le regard rétrospectif de Piper sur les différentes périodes de sa vie, et surtout sur son évolution lors de son séjour en prison. Elle s’est rendue compte que ce qu’elle avait fait était mal, et ce séjour lui a été en quelque sortie profitable même si son retour à la vie civil a été rendu facile par ses relations et son niveau de vie, chance que n’aura pas la majorité de ses détenues. Je n’ai pas perçu l’essai comme une description bisounours ou camp de vacances, on ressent l’oppression, la solitude, la détresse et j’ai souvent eu envie de courir avec Piper pour m’oxygéner. Je recommande vraiment la lecture de ce livre, il y a des passages forts qui frappent. Et si la dernière ligne vous donne envie de changer les choses, le livre finit sur des adresses qui peuvent vous y aider, bonne initiative !

Carte d’identité : L’édition que j’ai lue est publiée chez Pocket – Lien pour le retrouver – 9782266259316

 

 

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